La démarche archéologique

Publié le par MPB

La démarche de terrain consiste en prospections et sondages sur certains sites privilégiés. Depuis 1997, l’archéologie préventive, avec ses avantages et inconvénients, contribue substantiellement à la méthodologie de terrain.

Archéologie programmée

La prospection est systématique sur tous les filons. Toutefois, la priorité est donnée aux substances recherchées anciennement, comme le plomb argentifère, le cuivre ou le fer, et aux sites réunissant de nombreux indices d’ancienneté. Les filons ont été localisés avec toute la précision possible à l’aide de la carte géologique et des différents travaux des géologues. Dans les Maures ces documents sont la carte géologique Saint-Tropez-Cap-Lardier au 1:50 000, la thèse de R. Mignon pour les Maures occidentales, la thèse de J. C. Gaillard pour les Maures orientales, les travaux d’Olivier Valette pour l’étude du filon du Vallon-de-Lonne, le mémoire de Pierre Soletty sur les filons de fluorine, l’ouvrage de Gilbert Mari pour le massif dans son ensemble, la carte des gîtes minéraux de France, feuille de Marseille, au 1:500 000 et le Service Minitel du B.R.G.M. Dans le cadre des mises en sécurité, le BRGM a communiqué son fichier de fiches de gîte.

La toponymie guide également les recherches même s’il n’existe aucun filon métallique dans la zone désignée par le toponyme. En archéologie minière, la toponymie est assez fiable. L’Argentière, la Fosse, le Fournel désignent des lieux d’extraction médiévaux. La Farge, la Rode, le Martinet localisent des structures de transformation du minerai.

Les prospections depuis 1994 ont porté sur onze communes (Bormes-les-Mimosas, le Cannet-des-Maures, Collobrières, la Garde-Freinet, la Londe-les-Maures, le Luc, les Mayons, le Muy, le Plan-de-la-Tour, Roquebrune-sur-Argens, Sainte-Maxime et Vidauban) et des repérages ont été effectués sur trois autres communes (Le Pradet, Six-Fours et Toulon) situées hors du cadre géographique étudié, mais dans un contexte géologique identique dans la continuité de la partie occidentale du massif des Maures.

L’étude de ces dernières années permet de dresser un état des lieux dans les Maures. Il reste toutefois des recherches à faire tant en archive que sur le terrain.

Depuis 1997, le contexte de l’archéologie minière a évolué. La recherche de terrain est alimentée par la fermeture des mines et les problématiques de valorisation. Cela permet de toucher d’autres domaines que l’on n’a pas l’habitude d’aborder, comme la politique ou l’économie du 20° s.

Archéologie préventive : les Mises En Sécurité.

Une mine abandonnée étant un site archéologique, des interventions scientifiques devraient être réalisées avant toute destruction. Le cadre des mises en sécurité a soulevé le problème de l’intérêt du patrimoine minier, de son statut archéologique et de la nécessité de l’inclure dans la problématique de l’archéologie préventive. Les mises en sécurité prévoient la destruction définitive des ouvrages miniers et de toutes les structures liées à l’exploitation minière. Afin d’éviter la perte de toute trace  de ces vestiges, une démarche a été mise au point. Une première intervention, l’expertise archéologique, permet de déterminer quelle sera la marche à suivre avant la mise en sécurité. Le site pourra faire l’objet de mesures de conservation ou de sauvetage archéologique avant destruction irrémédiable. Certains vestiges seront conservés pour des fouilles ultérieures ou pour une valorisation.

Une destruction à l’échelon national

A l’heure actuelle la politique de l’état est de fermer toutes les mines abandonnées en raison des risques qu’elles font courir à la population. La disparition de toute trace laissée par la mine s’accompagne de la restitution du paysage tel qu’il était avant la mise en exploitation (ou, du moins tel qu’on l’imagine). Dans cette optique, tous les bâtiments sont rasés et les haldes sont talutées. Dans le massif des Maures, quatres concessions ont déjà été mises en sécurité en tenant plus ou moins compte du patrimoine qu’elles représentaient. Les deux dernières concessions importantes du secteur géographique (Pic-Martin et les Bormettes) seront détruites en 2002.

Expertises

Les expertises permettent de dresser un état des lieux du patrimoine minier et de déterminer quels sont les sites que l’on peut fermer après un sauvetage et ceux que l’on doit conserver (réserve archéologique ou valorisation). Il s’agit de la première intervention des archéologues lors de la programmation d’une mise en sécurité. Dans le Var, une expertise partielle a été effectuée par Bruno Ancel, aidé des chercheurs travaillant sur ce département, suivant les informations de la DRIRE, guidé par les inventaires réalisés par le BRGM et les rapports des chercheurs sur place. Elle ne concernait que les mines orphelines. Les recherches menées par la DRIRE ont finalement montré que certains titres étaient toujours valides alors que d’autres, considérés valides étaient orphelins.

A la suite de ce travail, les services de la DRAC ont pris des mesures de conservation d’une partie de ce patrimoine, tant par des propositions de fermetures réversibles et non traumatisantes pour les vestiges, que par la commande de fouilles de sauvetage pour les sites devant être détruits.

Conservation et sauvetage.

L’intervention des archéologues, la bonne volonté des services de l’état et l’intérêt de certaines communes pour leur patrimoine ont permis de conserver quelques traces de ces vestiges, quelquefois exceptionnels à l’échelon national. Cependant, des sites majeurs ont disparu.

Certains sites sont préservés afin de constituer des réserves archéologiques. Pour les sites dont l’intérêt scientifique est majeur, l’étude complète ne pouvant être réalisée dans l’immédiat pour des raisons financières en règle générale, une mise en sécurité réversible laissera la possibilité d’une réouverture à plus long terme. Des fermetures légères sous la forme de pose de grilles fixes ou de murs de béton ont été mises en place. Ce type de fermeture assure la sécurité du public tout en préservant les vestiges archéologiques. D’autre sites, choisis selon plusieurs critères de sécurité, d’accessibilité, de facilité de mise en œuvre, sont conservés afin de les valoriser à terme. Le type de fermeture envisagé est le même que précédemment. Les grilles et murs ont l’avantage de tenir compte des exigences des chiroptères présents dans les réseaux miniers. Le suivi des dossiers de fermeture a été réalisé en collaboration avec les représentants des associations de protection des chauves-souris ainsi que ceux de Natura2000.

Une grande proportion des ouvrages miniers est détruite irrémédiablement en raison de leur dangerosité et du faible intérêt qu’ils représentent. C’est le cas des mines très récentes dont on conservera un seul réseau, représentatif de l’ensemble des mines, dans un vaste secteur, à titre d’exemple et de mémoire. Les vestiges devant être détruits doivent faire l’objet d’un sauvetage archéologique afin d’en garder la trace écrite et photographique. De telles opérations consistent en relevés, prélèvement d’échantillons et couverture photographique des réseaux miniers et structures de surface. Les interventions souterraines des archéologues posent de nombreux problèmes, tant dans le cadre des expertises que dans celui des sauvetages. En effet, le titulaire de la concession ou l’état, dans le cas des concessions orphelines, est responsable en cas d’accident survenu sur des installations minières. Pour cette raison, le concessionnaire s’oppose, en général, à la présence des scientifiques sous terre. Toutefois, dans le cas des concessions orphelines, la DRIRE ne s’est opposée ni aux expertises, ni aux sauvetages. Les opérations souterraines posent également des problèmes de sécurité. Les archéologues miniers ont donc suivi des stages de formation et de sensibilisation à la sécurité minière et à la spéléologie minière. L’expérience a montré que la surveillance des chantiers de mise en sécurité est loin d’être inutile.

Contrairement à d’autres régions, où les fermetures sauvages (sans préavis) sont courantes, les mises en sécurités se sont déroulées assez bien dans le Var en raison d’une collaboration étroite entre les services de la Culture et de l’Industrie. La campagne est désormais presque terminée et une partie du patrimoine minier a été conservée. L'intervention des archéologues visait a procéder à des fouilles préventives en cas de destruction irréversible.

Plusieurs cas de figures se sont présentés. La responsabilité engagée par le titulaire de la concession en cas d’accident est un écueil majeur pour les interventions archéologiques et la conservation des vestiges.

Faucon-l’Argentière : fermeture par un concessionnaire privé (MétalEurop) sans préavis.

La mine de Faucon-l’Argentière (plomb argentifère), détenue par MétalEurop, a été fermée sans étude préalable. Cette mine n’avait jamais été explorée par des archéologues. Les textes et la toponymie laissent penser qu’elle renfermait des vestiges anciens. Le concessionnaire a fermé la mine sans prévenir les services de la DRAC mais, un rapport a été fourni après la mise en sécurité. Comment éviter ce type de problème à l’avenir.

Vaucron : fermeture par un concessionnaire privé (Denain Anzin).

La MES prévoyait la fermeture irréversible des parties souterraines et la destruction des usines, suivie d’un remblaiement du secteur. Face à l’interdiction de pénétrer sous terre émise par le concessionnaire, responsable en cas d’accident, l’expertise n’a pu être effectuée et a fortiori le sauvetage d’urgence n’a pu être mis en place. Ce patrimoine est donc irrémédiablement perdu, notamment les travaux du XVIIIe s. qui étaient mal connus. L’usine de préparation mécanique a été détruite en partie, la commune de Plan-de-la-Tour ayant pris la responsabilité de conserver quelques structures, mais le remblaiement n’a pas été effectué pour alléger le travail d’une fouille ultérieure.

A l’avenir, quelles solutions de décharge de responsabilité peut-on imaginer pour permettre une action archéologique dans ce type de cas ? La MES de la concession des Bormettes, titre détenu par MétalEurop, qui doit avoir lieu prochainement sera-t-elle exécutée dans les mêmes conditions ?

Vallaury : fermeture par la DRIRE

A Vallaury, la concession est orpheline et c’est l’état qui en est responsable. Les expertises, sauvetages et conservations demandées par les archéologues ont pu être réalisés sans difficultés. La commune de Plan-de-la-Tour a engagé sa responsabilité pour la conservation du réseau le plus important, sous la forme de réserve archéologique. Ce réseau typiquement représentatif de l’exploitation d’un filon vertical renferme également la mine ancienne. Le relevé topographique des autres réseaux et la couverture photographique ont été réalisés afin de conserver une trace des vestiges. Les structures de surface ont été rasées. La commune a souhaité conserver d’autres entrées de galeries ainsi que l’ouverture d’un puits en prévision de la mise en place d’un sentier de découverte. Ce type de valorisation peut être envisagé sans créer de risque pour le public.

Saint-Daumas : fermeture par la DRIRE.

Les expertises, sauvetages et conservations demandées par les archéologues ont pu être réalisés sans difficultés majeures. Le réseau comportant les vestiges de l’exploitation médiévale a été conservé. Une grille munie d’un barreau coulissant a été placée afin de permettre les études archéologiques nécessaires. Le barreau sera scellé à la fin des travaux. Le propriétaire du terrain, le Conservatoire Etudes des Ecosystèmes de Provence, a engagé sa responsabilité pour les fermetures réversibles, celles-ci étant utiles également pour la protection des chiroptères. Le relevé topographique des autres réseaux et la couverture photographique ont été réalisés afin de conserver une trace des vestiges.

Les opérations de sauvetage posent les problèmes difficiles de la sécurité et de la responsabilité. Outre la formation des scientifiques la sécurité dans les réseaux souterrains reste un écueil majeur pour les recherches. En effet, certaines parties des chantiers d’exploitation sont très instables et nécessiteraient des moyens lourds pour permettre la protection des personnes. Ces moyens de sécurisation des ouvrages s’apparentent aux techniques minières elles-mêmes puisqu’il s’agit de boiser les galeries, étayer les chantiers, réhabiliter les planchers etc. Dans le cadre des mises en sécurité, le temps fait défaut et ce sont plutôt les politiques de conservation qui sont privilégiées face à une situation trop complexe. Mais, la conservation de réseaux miniers pose alors des problèmes de responsabilité. En effet, la mise en œuvre de fermetures réversibles nécessite le transfert de la responsabilité du site sur une structure pérenne, comme un parc national ou une commune. Le repreneur s’engage, par convention avec la DRIRE, a gérer le site (surveillance et entretien des grilles), sera responsable en cas d’accident et sera chargé de la mise en sécurité définitive, celle-ci pouvant intervenir à très long terme ou jamais.

La recherche en archéologie minière est longue et les programmes de mises en sécurité exercent une pression néfaste à la sérénité des chercheurs. Le patrimoine minier du massif des Maures démontre pourtant que cette activité n’est pas dénuée d’intérêt, tant pour l’époque moderne que pour des périodes plus anciennes, et qu’elle touche la sensibilité des populations locales.

La Route des mines : possibilités de valorisation Quelle mise en valeur ?

Le patrimoine minier, source de mémoire des techniques, est également le témoin de la vie de toute une catégorie d’hommes et de femmes que l’on a pas l’habitude d’évoquer dans notre région.

Le Massif des Maures a déjà un grand attrait touristique induit par le tourisme balnéaire côtier mais aussi, lié à ses propres ressources (riche patrimoine historique, randonnée, création d’un tourisme rural,  mise en valeur des châtaigneraies, du chêne liège et du bouchon, de la faune, les gîtes et chambres d’hôtes sont en forte croissance, création de musées et écomusées...)

Par l’existence du patrimoine minier, riche et complémentaire, et du musée de la mine de Cap-Garonne on peut envisager, en terme de valorisation, la mise en place d’une route des mines, par le jeu de renvois d’un site à l’autre, d’expositions nomades. La mise en valeur peut, de plus, se faire petit à petit, selon les ressources disponibles. Dans un premier temps, des séries de plaquettes et de sentiers pédestres avec panneaux explicatifs peuvent être mis en réseau, rapidement pour un coût raisonnable. Le site de Cap-Garonne sera un jalon important de ce circuit. Au fil des recherches et résolutions des difficultés administratives d’autres sites pourront être ajoutés au circuit. Une mise en valeur plus lourde pourra être réalisée à plus long terme avec la réhabilitation de galeries pour permettre des visites du grand public, l’ouverture de chantiers de fouilles pédagogiques (visites publiques et écoles, création de chantiers de jeunes).

De nombreuses raisons vont dans le sens d’une valorisation du patrimoine minier du massif des Maures. La région est très fréquentée en et hors saison ce qui réduit considérablement l’effort d’attraction du public d’autant plus, que le tourisme culturel et en particulier minier est actuellement en croissance. Les populations locales sont sensibles au sujet et souhaitent conserver une mémoire qui s’étiole avec la disparition des derniers mineurs. Non seulement, les possibilités existent mais, elles sont bien réparties géographiquement et l’essentiel du patrimoine a pu être sauvegardé. Enfin, un début de valorisation, non des moindres, existe déjà. Le plus gros de l’investissement a été fait. Il ne reste qu’à le compléter pour lui donner la valeur qu’il mérite, les compétences et volontés ne faisant pas défaut.

Les ressources

Le patrimoine minier du Massif des Maures présente donc une richesse insoupçonnée. Qu’il s’agisse de géologie ou d’histoire, les différends sites présentent une variété de faits complémentaires. Les vestiges sont représentatifs et quelquefois novateurs. Leur étude et l’analyse des archives permet de reconstituer une histoire de l’industrie locale mais aussi son impact, tant en termes économiques que sociaux, tant sur le paysage que dans les populations. Des thématiques diverses sont abordées comme, par exemple, l’immigration au Moyen-Age, le coron minier ou l’adaptation de techniques importées aux conditions locales. De plus, dans le contexte géologique du massif, les cavités naturelles sont inexistantes. Les mines représentent des sites d’hivernage nécessaires à la survie des chauves-souris (notamment pour des espèces en voie de disparition) et constitue le seul habitat possible pour la faune cavernicole.

Inventaire des vestiges conservés.

A Vaucron, où il existait deux ensembles complets (mine et usine), l’un du XVIIIè s., l’autre du XIXè s., une partie de l’usine de préparation mécanique du minerai du XIXè s. a été sauvée. Il s’agit d’une table de Linckenbach (classement des sables) et des bacs de décantation (en vue d’analyses complètes des sables lavés). La fonderie du XVIIIè s., à l’écart des travaux, n’a pas été touché (réserve archéologique et possibilités de mise en valeur par un sentier culturel).

A Vallaury, la laverie a été effacée par la construction d’un lotissement, mais quelques entrées de galeries et un réseau complet, renfermant des vestiges récents et anciens, ont pu être sauvegardés (réserve archéologique et possibilités de mise en valeur par un sentier culturel).

Le réseau du filon T de la mine de Saint-Daumas a été conservé au moyen de grilles. Il renferme des travaux de diverses époques, les plus anciens remontant au Moyen Age. La recette d’un puits a été sauvegardée ainsi que la laverie et des bacs de décantation emplis de sables de lavage.

A Pic-Martin et aux Bormettes, des projets de conservation de certains éléments sont en cours, notamment deux galeries à Pic-Martin, dont une pourrait remonter au Moyen Age et une galerie ancienne (Moyen-Age ?) aux Bormettes (réserve archéologique, possibilités de mise en valeur par un sentier culturel et visite de la galerie de Pic-Martin). Les sites d’habitat des mineurs à la Rieille et aux Bormettes constituent des vestiges majeurs de l’activité minière.

De nombreux projets d’aménagement du territoire envisagent la mise en valeur du patrimoine naturel et monumental de la côte varoise

Mignon 1962.

Gaillard 1961.

Valette 1980 : VALETTE (O.). - Etude de l’indice filonien du vallon de Lonne (Maures-var), Rapport du B.R.G.M., 1980, 26 p.

Soletty 1966.

Mari 1979 : MARI (G.). - Mines et minéraux de la Provence cristalline. Maures, estérel, Tanneron. Vintimille : Serre ; 1979. 255 p.

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Publié dans Synthèse

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