Les méthodes de l’archéologie minière

Publié le par MPB

En archéologie minière, diachronie et pluridisciplinarité sont nécessaires. L’approche diachronique est obligatoire en raison des techniques d’extraction utilisées au fil du temps. Trois modes d’abattage existent chacun se perpétuant sur de longs laps de temps. Des origines au XVIIe s., l’abattage au pic et ses variantes (pointerolle, coins et masses, maillet pour la protohistoire) sont employés de façon universelle. L’usage de la poudre est apparu au XVIIe s. et a remplacé peu à peu les anciennes techniques. Quand à l’abattage au feu, il a traversé toutes les époques jusqu’à l’apparition de la poudre mais on l’observe surtout au Moyen Age.

Ainsi, les archéologues sont-ils assujettis à l’étude de vestiges d’allure semblable sur des périodes historiques très longues. D’autre part, un gisement a généralement été exploité sur le long terme et des vestiges d’époques différentes se juxtaposent ou se mêlent. L’étude de l’exploitation d’un gisement ne peut donc se concevoir pour une période historique figée : les limites des quatre grandes périodes historiques, Antiquité, Moyen Age, Epoques Moderne et Contemporaine, sont difficilement applicables à l’étude de l’histoire des techniques d’exploitation minières.

L’étude des mines requiert également un travail pluridisciplinaire. Une exploitation minière regroupe plusieurs faits à étudier.

Tout d’abord, la raison d’être de la mine est l’existence d’un gisement. De bonnes connaissances en géologie sont donc nécessaires pour déterminer la nature du minerai extrait et l’allure de la minéralisation. De plus la technique d’abattage dépend pour beaucoup de la nature de la roche. Dans une roche tendre l’abattage au pic est prédominant alors que dans des quartzites ou du quartz, l’action du feu est nécessaire pour étonner le roc, le travail est ensuite achevé à la pointerolle.

La mine est souvent associée à des ateliers métallurgiques, qui produisent des déchets. Des notions de chimie et de métallurgie permettent de reconnaître les déchets métallurgiques, d’effectuer un premier tri de ces scories (forge ou réduction) et de comprendre les résultats des analyses physico-chimiques des échantillons prélevés (scories et minerai). Pour l’étude des techniques métallurgiques, l’archéologue minier, au même titre que l’archéologue plus traditionnel, a recours à l’ethnologie. L’observation des techniques de réduction du fer en Afrique, par exemple, a permis une meilleure compréhension de ce phénomène aux époques antique et médiévale en Europe.

Une exploitation minière est une entreprise. Des connaissances en économie générale et économie d’entreprise sont donc profitables à l’étude des coûts et de la rentabilité de la mine. La notion de rentabilité étant différente selon les époques, l’histoire du contexte économique doit être connue. Ce type d’étude peut apporter des informations sur les circuits de distribution, le transport et la commercialisation de la production.

Une mine devient un site archéologique dès l’abandon des travaux. De son exploitation résultent des ensembles de structures, tant pour le traitement du minerai que pour la vie quotidienne des hommes liés à cette activité. L’archéologie traditionnelle trouve là sa place, aussi bien pour des complexes anciens que modernes.

La spéléologie est largement utilisée en milieu minier tant pour les techniques d’exploration que pour celle du relevé topographique souterrain. Depuis quelques années, les chercheurs suivent des stages de formation en spéléologie minière et sécurité minière afin de développer plus de compétences et de crédibilité vis à vis des différents services administratifs.

Enfin, la photographie en milieu sombre et humide demande également l’utilisation de techniques particulières.

L’archéologie minière privilégie une étude sur un domaine géographique déterminé. L’étude d’une activité économique implique son intégration dans un contexte socio-économique à préciser. Il serait peu intéressant de restreindre l’approche d’une mine à sa seule architecture ou aux moyens techniques mis en oeuvre pour son exploitation. Dès le début de la recherche se posent des questions d’ordre démographique (flux de populations, immigration) et de conditions de vie (statut social, logement, maladies professionnelles, travail des femmes et des enfants). Ce type d’investigation ne trouve son intérêt que dans une unité géographique. Il en est de même pour les problèmes d’environnement. L’activité minière étant extrêmement polluante et dévoreuse de bois (pour l’abattage au feu et la métallurgie), l’analyse de carottages peut déterminer l’impact de l’exploitation d’une mine sur son environnement et donc sur les conditions de vie des populations vivant à proximité.

L’histoire minière participe aussi bien à l’histoire économique et sociale qu’à l’histoire des techniques, ce qui lui confère son intérêt.

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Publié dans Synthèse

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